Informatique et éthique

Un certain nombre de professions impliquent de prêter serment, du facteur au médecin en passant par l’architecte, mais on notera qu’il y a de gros manques dans des métiers qui devraient en avoir. Par exemple il n’y a pas de serment en politique en France (alors que c’est le cas dans d’autres pays).

La technologie n’est pas neutre et l’omniprésence de l’informatique fait qu’elle a un impact fort sur les droits humains. Lawrence Lessig écrivait en 2000 que le code fait loi. On peut voir que c’est litéralement le cas avec l’exemple du logiciel de calcul de l’impôt sur les revenus qui est l’implémentation de la loi et où la loi pouvait laisser une certaine marge d’interprétation le logiciel lui a sa propre interprétation et c’est celle qui fait foi, d’où la nécessiter d’avoir accès au code source du logiciel du calcul de l’impôt pour savoir comment la loi est appliquée.

De manière plus générale, on ne peut faire avec nos ordinateurs (qu’il soit généraliste, dans un téléphone, un four micro-onde ou une lampe) uniquement ce que leurs logiciels et matériels nous laissent faire (très peu de systèmes laissent la possibilité à son utilisateur d’en faire ce qu’il veut et très peu de personnes en ont les compétences) mais de plus en plus souvent ils dépendent de services en ligne sur lesquels nous n’avons absolument aucun contrôle.

Par le passé j’ai rencontré peu de succès à essayer d’expliquer à certains jeunes ingénieurs pourquoi ils devraient prendre plus de recul sur l’impact de leur travail et en quoi leur travail actuel avait un impact négatif sur la société.

Pourquoi ne pas imposer un code éthique à tous les ingénieurs en général et ceux du domaine de l’informatique en particulier ? Être obligé de connaître et comprendre le code déontologique associé à son métier pour obtenir son diplôme pourraît, il me semble, permettre de faire intégrer un peu mieux le “Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités” associé au métier d’ingénieur.

Écrire du code ne nécessite aucun diplôme ni aucune autorisation, il n’y a donc pas que des ingénieurs pour faire ça, mais étant donné qu’ils sont sensés avoir un pouvoir non négligeable dans les projets informatiques, ils représentent une cible de choix. Dans certains pays le métier d’ingénieur est réglementé et encadré (comme au Québec par l’Ordre des ingénieurs du Québec), et je pense que ça manque dans beaucoup de pays.

Il existe un nombre de standards, de réglementations et de lois faramineux encadrant le développement de logiciels selon les secteurs, et de mon expérience, très peu d’ingénieurs sensibilisés à ça. Ne serait-ce que respecter la loi pourraît améliorer grandement le respect des droits humains (je suis à peu près certain que 100 % des entreprises utilisant des logiciels en France, ne respectent pas la loi d’une façon où d’une autre avec leurs logiciels).

Réglementer le métier d’ingénieur me semble être un bon moyen de redonner de la valeur à ce métier (qui, dans bien des cas, est actuellement similaire à celui de technicien) et ce serait une bonne occasion pour ajouter une composante éthique forte. Au Québec le code de déontologie des ingénieurs fait parti de la loi, malheureusement la loi sur les ingénieurs ne s’applique pas aux ingénieurs logiciels.

Bien entendu, il ne faut pas attendre que les lois nous obligent à agir correctement (et comme on a pu le voir avec le RGPD ce n’est pas tant la loi qui fait agir les gens que les amendes élevées), il y a déjà plein de bonnes initiatives comme par exemple :

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